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Mézières, ville forteresse

En août 843, le traité de Verdun redéfinit la cartographie de l’empire carolingien. Au décès de leur père Louis le Pieux, cet immense territoire est partagé entre les trois petits-fils de Charlemagne. Située à la jonction de la France médiane (Lothaire 1er) et occidentale (Charles le Chauve), la Meuse sert de frontière naturelle, comme l'Escaut, le Rhône et le Rhin.

Vers 899, Erlebalde, comte de Castrice, premier seigneur des lieux, utilise la pointe d'un promontoire rocheux dans un méandre du fleuve pour y implanter sa forteresse (aujourd’hui la Place du Château) près d'une des deux voies romaines impériales reliant Reims à Cologne (aujourd’hui rue Monge). Cette forteresse est longtemps revendiquée par l'archevêque de Reims, puis passe aux mains des comtes de Rethel.

L'essor économique de la cité commence au XIe siècle grâce à l'utilisation de la Meuse comme voie navigable pour le commerce avec les Pays-Bas.Vins et alcools, céréales et toiles sont acheminés vers le nord ; bois, ardoises, draps, charbon, poissons salés etc. descendent vers le sud. Toutes ces marchandises taxées enrichissent la cité. Auberges,  commerces et ateliers d'artisans se multiplient ; un afflux de marchands venus de Liège aux XIIIe et XVe siècles accélère le développement de la ville. Maceriae (Mézières) va connaître près 400 ans de prospérité.

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Le Chevalier Bayard

Mézières connaît un XVIe siècle très troublé : en 1521 les délégations armées de Charles Quint assiègent la ville. Ce siège était au départ dirigé contre le château de Sedan dont le seigneur, Robert de la Marck, convoitait quelques baronnies en terre Germanique. La forteresse de Sedan étant imprenable, les armées impériales la délaissent, s'emparent de Bouillon, puis Mouzon et enfin assiègent Mézières. Face à l'ennemi beaucoup plus fort, après un mois de siège, le Chevalier Bayard, fin stratège militaire et conseiller du Roi François Ier, utilise la ruse pour faire fuir les assiégeants.

Il évite ainsi l'invasion du royaume, mais la victoire a coûté cher à la cité ; pour l'aider à relever ses ruines, François 1er, en visite à Mézières, accorde l'exemption de la taille pour une durée de dix ans. Il ordonne aussi le relèvement des remparts et renforcement des tours  car  la  ville est «une des clés du royaume»  pour la défense des frontières : La Tour du Roy : tour en U de 32 m de long, avec des murs de 7 m d'épaisseur et La Tour Milard : tour circulaire de 27 m de diamètre qui vient renforcer et englober la Tour Bobresse construite au XIIe siècle, seul vestige de l'enceinte primitive.

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A la fin du XVe siècle, le projet de l’actuelle Basilique

L'église paroissiale romane  est devenue trop petite pour recevoir la population. Décision est prise de la restaurer et de l'agrandir : le chantier de la nouvelle église (actuelle Basilique Notre Dame d’Espérance) est lancé en 1499. Au cours de cette "restauration", l'église est complètement transformée. Les fondations de l'ancienne église sont réutilisées, et une partie des colonnes ; les voûtes sont rehaussées, la nef est prolongée en optant pour le style gothique flamboyant. Le culte n'est jamais interrompu pendant la durée des travaux. Le clocher ne sera achevé qu'en 1626. La Basilique est un édifice unique en Europe, les visiteurs se pressent pour admirer ses 1000 m2 de vitraux symboliques réalisés par René Dürrbach, ami et collaborateur de Picasso. L’ensemble est inauguré le 6 mai 1979 et devient le fleuron de l’art contemporain local.

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Un mariage royal

En 1570, célébré à Mézières dans l'église inachevée, le Roi de France Charles IX, petit fils de François Ier, épouse Élisabeth d'Autriche, petite nièce de Charles Quint; l’union est arrangée par la Reine Catherine de Médicis pour réconcilier les deux royaumes. A cause de son importance stratégique, Mézières est peu à peu  transformée en place forte,  son destin bascule définitivement lors des guerres de religions : Le Maréchal de Saint Paul qui gouverne la ville en fait une forteresse de la Ligue catholique et aménage de nouveaux bastions défensifs.

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L’histoire de France dans chaque pierre de Mézières

En 1590

Entreprise de la construction d'une citadelle qui nécessite de raser un quartier entier : 400 maisons. 2000 habitants sont chassés, c'est le début du déclin de Mézières qui devient ville de garnison : l'activité marchande et artisanale se déplace vers Charleville qui se développe juste à côté et offre des avantages aux nouveaux habitants.

Une Ecole Royale du Génie est fondée à Mézières en 1753, elle verra passer de célèbres officiers (Gaspar Monge, Rouget de Lisle, Lazare Carnot...). Le 3eme Régiment du Génie y réside toujours aujourd'hui.

En 1815, après le désastre de Waterloo, l'armée prussienne déferle sur la région. Défendue par une armée hétéroclite de 2500 hommes, subissant incendies et destructions, Mézières résiste 6 semaines, mais doit se rendre faute de munitions. Par décision du traité de Paris (20 novembre 1815), la ville est occupée durant 3 ans par l'armée prussienne, entretenue aux frais des habitants.

1870 : De nouveau, les Prussiens déferlent sur Mézières, la ville est bombardée sans interruption durant trois jours et trois nuits, 75% des maisons sont détruites.

1890 : Profitant des terrains libérés par la déconstruction des remparts devenus inutiles, des industriels s'installent à Mézières : Adolphe Clément y fonde son  entreprise  « La Macérienne » : La "Clément Bayard", l’une des premières voitures du marché y est construite à partir de 1897. Démantelée pendant le conflit 1914-18, l'entreprise renaît en 1919 et se tourne vers la fonderie, les cycles et engins mécaniques.

1934 : Erection de la statue hommage au roi Albert 1er

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